La réponse de Paul Devin

Le blog « Alerte Condition Enseignante » qui a publié une réponse de contractuels (contractuelles) à un inspecteur, M. Paul Devin, nous a invité à reproduire la nouvelle réponse de M. Devin à cette « lettre ouverte« . Si nous le remercions de nous dire qu’il n’a pas de « mépris à » notre « égard », les termes utilisés dans son propos relayé par le quotidien Libération étaient pourtant très pénibles, dans la mesure où ils autorisaient un amalgame entre contractuels et incompétents. Nous ne pouvons répéter les termes de cette « lettre ouverte », lesquels rappelaient et l’égalité universitaire de formation, et l’indifférence statutaire quant à la compétence/incompétence (des titulaires ne sont pas doués pour, des contractuels, également, et majoritairement, des titulaires font bien leur travail, idem pour les contractuels). Oui, nous ne sommes pas responsables de cette situation et de cette politique, mais notre TRAVAIL en tant qu’enseignant, doit être connu et reconnu. Dans la note que nous venons de publier « tous contractuels… ? « , nous avons rappelé que c’est encore nous qui, à la rentrée 2020/2021, seraient, seront, si rien n’est fait, massivement victimes, de la suppression/destruction de postes, induite par la réforme du Lycée et du Bac. Ce sont des inspecteurs d’académie qui l’ont dit et répété à des collègues, à de multiples reprises.

Chers collègues,
Vous l’avez compris, mon intention n’était évidemment pas le mépris à votre égard.
Sans doute la volonté d’alerter sur une situation de plus en plus préoccupante m’a parfois amener à des formulations qui pouvaient être perçues comme méprisantes … Je le redis ce n’était évidemment pas mon intention. Ce n’est évidemment pas les contractuels qui sont responsables de la situation mais une politique qui exploite les avantages budgétaires de la précarité au mépris de la qualité du service public. Je sais que beaucoup de contractuels sont fortement engagés dans leur activité professionnelle. Mais mon propos n’évaluait pas les personnels, il cherchait à alerter sur une évolution très inquiétante. Il faudrait bien sûr en distinguer les effets précis entre premier et second degré, entre les académies fortement déficitaires et les autres ….

C’est volontiers que je vous rencontrerai pour discuter de tout cela si vous le souhaitez….
Cordialement

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Tous contractuels ? Est-ce la faute des… contractuels ?

Comme toutes et tous, nous l’avons entendu. Avec sa réforme de la fonction publique, la majorité actuelle à l’Assemblée Nationale veut commencer à s’attaquer frontalement au statut de la Fonction Publique, en bloquant la titularisation à la FP, en cessant de recruter des fonctionnaires, en privilégiant des longs CDD, avec la contractualisation. Dans les espaces où les enseignantes et enseignants s’expriment, comme sur la page des Stylos Rouges, dans les forums internes des syndiqués, des titulaires mettent en cause cette logique de précarisation, celle que nous subissons, avec des termes qui, parfois, nous atteignent – souvent, par maladresse, et parfois, non ! Nombre de titulaires ne semblent pas avoir mesuré que les premières victimes directes de la réforme du Lycée vont être les contractuels. Avec la rentrée 202/2021, la chute des besoins sera telle que les CDD des contractuels ne seront pas renouvelés. Nous attendons de nos collègues et notamment de leurs instances représentatives qu’elles pensent sérieusement à nous défendre, ce que, à ce jour, elles ne font pas ou peu. La simple revendication de titularisation ne peut consister en une défense des contractuels. La rentrée 2020/2021 pourrait donner lieu à une hécatombe, dans le monde enseignant. Nous ne souhaitons ni rester contractuels ni que, à la place des titulaires, l’Etat ne recrute que des fonctionnaires. Nous le savons, nous le vivons : nous sommes moins payés, nous pouvons voir notre contrat ne pas être renouvelé, sans justifications ni obligations. Nous ne souhaitons donc pas ce que nous subissons à d’autres. Nous voulons rappeler aux titulaires que nous souhaitons être, notamment parce que nous le méritons, des enseignantes et enseignants à part entière. Nous les remercions d’y penser.

Bientôt tous non-titulaires ? Non, pas tous, mais des non-titulaires, esclaves, de quelques cadres, maîtres

Les projets – disons plutôt, volontés, de cette majorité et de ce gouvernement, sont épouvantables. Nous, ce que tant appellent « la précarité », et qu’il faut traduire par, l’irrégularité de revenus, l’absence totale du moindre acquis sérieux, la dépendance aux caprices à l’égard des marquis des Rectorats, la possibilité que le travail cesse, très longtemps, voire définitivement, sans justification, voilà ce que les hauts fonctionnaires veulent nous imposer, vous, imposer, chers collègues. Comme ils l’ont fait dans le privé, avec la loi El Khomri, les Ordonnances, ils veulent nous faire revenir au plus proche de ce qu’était la société de l’esclavage. Nous devons absolument dénoncer ces gens si dangereux, qui se servent de leur protection, de leurs privilèges, pour vouloir nous imposer cette violence.

Ce 6 février, les fonctionnaires de l’Education Nationale commencent une lutte essentielle et emblématique pour la Fonction Publique, contre un lycée anglo-américain

Le rapport Mathiot, à l’évidence, pensé depuis plusieurs mois, voire années, par nos élites, a mis le feu aux poudres, d’autant qu’avec le Ministre Darmanin, soutenu par son Premier Ministre, le gouvernement a décidé d’ajouter à toutes les provocations de ce rapport, des couches supplémentaires, avec la volonté de supprimer des dizaines de milliers de poste, la précarisation généralisée, etc. Le rejet de ce rapport, de ses intentions, n’est pas corporatiste et conservateur : les enseignant(e)s, les salarié(e)s de l’Education Nationale sont déjà habitués à des « réformes » (qui n’en sont pas, mais qui changent des choses), mais là, ils sont confrontés à une vraie « réforme », en fait, destruction de ce qui fait l’Education Nationale. Et ils pavent notre enfer de pseudo bonnes intentions. La majorité des collègues ont parfaitement compris ce qui les attend avec ce projet, s’il est mis en oeuvre. Et ils le refusent, catégoriquement, complètement. Demain, commence donc une longue et, sans doute, très forte mobilisation contre cette politique ultra-libérale, qui s’aggrave toujours plus.

De plus en plus de contractuels dans la Fonction Publique ? Nous qui en sommes, nous ne le souhaitons pas aux autres !

Nous sommes déjà nombreux. Nous pourrions devenir, très, très nombreux. C’est ce que le gouvernement actuel a annoncé : en complément de suppressions de postes, y compris par le fait de ne pas donner de postes au concours, nombre d’agents de la FP pourraient être, désormais, plutôt des contractuels, que des titulaires – et ce sont des hauts fonctionnaires, très bien rémunérés, qui soutiennent cela, en fournissant les ministres, en chiffres, arguments. Et si les 120.000 départs concernaient d’abord ces hauts fonctionnaires ? La FP a t-elle besoin d’eux ? Ou alors, doivent-ils subir eux aussi le même régime ? Quoiqu’il en soit, nous savons que nous sommes engagés dans un combat au long cours. Et qu’il nous faut affronter les directives de l’UE, qui fondent l’action et les objectifs du gouvernement.

A l’attention de l’APPEP et des « non-titulaires »

Récemment, cette association de professeurs de Philosophie a tenu une Assemblée Générale. Plusieurs motions ont été discutées, votées, adoptées. Elles se trouvent ici. L’une d’elles concernent les « contractuels » – autrement dit, les non-titulaires. Nous la reproduisons ici :

« L’APPEP s’inquiète du recours croissant aux professeurs contractuels.Elle demande que leur soient assurées des conditions de travail qui ne fassent pas obstacle aux missions qui leur sont confiées ; qu’ils bénéficient à leurs débuts du soutien d’un tuteur et d’une formation ; qu’ils aient un droit plein à la formation ; que la possibilité de passer un concours spécifique, qui reconnaisse leur expérience, leur soit garantie ; que des possibilités de titularisation leur soient ouvertes. »

Nous voulons confirmer que nous remercions l’APPEP d’avoir parlé de la situation des contractuels. Nous devons apporter les précisions suivantes :

  • les professeur(e)s titulaires le sont suite à l’obtention d’un concours, les professeur(e)s non-titulaires n’ont pas, s’ils ont été candidat(e)s, eu ce concours
  • le nombre de postes fixés pour une année de concours détermine le maximum de recrutement de non-titulaires. Il est connu que, depuis de nombreuses années, le chiffre annuel est faible, inférieur aux besoins réels, ce qui a empêché des candidat(e)s de devenir titulaires
  • les non-titulaires ont des titres universitaires, et pour certain(e)s, parmi les plus élevés. Ils ne sont pas pris en compte pour un recrutement, durable (seul le niveau minimum est pris en compte, pour un recrutement en tant que non-titulaire)
  • si le Ministère de l’Education Nationale préfère employer des non-titulaires dans des CDD, les non-titulaires ne sont pas en cause dans ce qui leur est imposé
  • ce sont les conditions imposées aux non-titulaires qui leur sont préjudicielles, comme pour l’enseignement de la discipline

Nous demandons donc à l’APPEP, comme aux autres associations de professeur(e)s, de considérer :

  • les non-titulaires comme des collègues à part entière (ce qui renvoie à nos premières propositions)
  • de soutenir la validation de leurs parcours : universitaire, professionnel
  • d’associer systématiquement un(e) non-titulaire à leur rencontre avec le Ministère