Bientôt tous non-titulaires ? Non, pas tous, mais des non-titulaires, esclaves, de quelques cadres, maîtres

Les projets – disons plutôt, volontés, de cette majorité et de ce gouvernement, sont épouvantables. Nous, ce que tant appellent « la précarité », et qu’il faut traduire par, l’irrégularité de revenus, l’absence totale du moindre acquis sérieux, la dépendance aux caprices à l’égard des marquis des Rectorats, la possibilité que le travail cesse, très longtemps, voire définitivement, sans justification, voilà ce que les hauts fonctionnaires veulent nous imposer, vous, imposer, chers collègues. Comme ils l’ont fait dans le privé, avec la loi El Khomri, les Ordonnances, ils veulent nous faire revenir au plus proche de ce qu’était la société de l’esclavage. Nous devons absolument dénoncer ces gens si dangereux, qui se servent de leur protection, de leurs privilèges, pour vouloir nous imposer cette violence.

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Ce 6 février, les fonctionnaires de l’Education Nationale commencent une lutte essentielle et emblématique pour la Fonction Publique, contre un lycée anglo-américain

Le rapport Mathiot, à l’évidence, pensé depuis plusieurs mois, voire années, par nos élites, a mis le feu aux poudres, d’autant qu’avec le Ministre Darmanin, soutenu par son Premier Ministre, le gouvernement a décidé d’ajouter à toutes les provocations de ce rapport, des couches supplémentaires, avec la volonté de supprimer des dizaines de milliers de poste, la précarisation généralisée, etc. Le rejet de ce rapport, de ses intentions, n’est pas corporatiste et conservateur : les enseignant(e)s, les salarié(e)s de l’Education Nationale sont déjà habitués à des « réformes » (qui n’en sont pas, mais qui changent des choses), mais là, ils sont confrontés à une vraie « réforme », en fait, destruction de ce qui fait l’Education Nationale. Et ils pavent notre enfer de pseudo bonnes intentions. La majorité des collègues ont parfaitement compris ce qui les attend avec ce projet, s’il est mis en oeuvre. Et ils le refusent, catégoriquement, complètement. Demain, commence donc une longue et, sans doute, très forte mobilisation contre cette politique ultra-libérale, qui s’aggrave toujours plus.

De plus en plus de contractuels dans la Fonction Publique ? Nous qui en sommes, nous ne le souhaitons pas aux autres !

Nous sommes déjà nombreux. Nous pourrions devenir, très, très nombreux. C’est ce que le gouvernement actuel a annoncé : en complément de suppressions de postes, y compris par le fait de ne pas donner de postes au concours, nombre d’agents de la FP pourraient être, désormais, plutôt des contractuels, que des titulaires – et ce sont des hauts fonctionnaires, très bien rémunérés, qui soutiennent cela, en fournissant les ministres, en chiffres, arguments. Et si les 120.000 départs concernaient d’abord ces hauts fonctionnaires ? La FP a t-elle besoin d’eux ? Ou alors, doivent-ils subir eux aussi le même régime ? Quoiqu’il en soit, nous savons que nous sommes engagés dans un combat au long cours. Et qu’il nous faut affronter les directives de l’UE, qui fondent l’action et les objectifs du gouvernement.

A l’attention de l’APPEP et des « non-titulaires »

Récemment, cette association de professeurs de Philosophie a tenu une Assemblée Générale. Plusieurs motions ont été discutées, votées, adoptées. Elles se trouvent ici. L’une d’elles concernent les « contractuels » – autrement dit, les non-titulaires. Nous la reproduisons ici :

« L’APPEP s’inquiète du recours croissant aux professeurs contractuels.Elle demande que leur soient assurées des conditions de travail qui ne fassent pas obstacle aux missions qui leur sont confiées ; qu’ils bénéficient à leurs débuts du soutien d’un tuteur et d’une formation ; qu’ils aient un droit plein à la formation ; que la possibilité de passer un concours spécifique, qui reconnaisse leur expérience, leur soit garantie ; que des possibilités de titularisation leur soient ouvertes. »

Nous voulons confirmer que nous remercions l’APPEP d’avoir parlé de la situation des contractuels. Nous devons apporter les précisions suivantes :

  • les professeur(e)s titulaires le sont suite à l’obtention d’un concours, les professeur(e)s non-titulaires n’ont pas, s’ils ont été candidat(e)s, eu ce concours
  • le nombre de postes fixés pour une année de concours détermine le maximum de recrutement de non-titulaires. Il est connu que, depuis de nombreuses années, le chiffre annuel est faible, inférieur aux besoins réels, ce qui a empêché des candidat(e)s de devenir titulaires
  • les non-titulaires ont des titres universitaires, et pour certain(e)s, parmi les plus élevés. Ils ne sont pas pris en compte pour un recrutement, durable (seul le niveau minimum est pris en compte, pour un recrutement en tant que non-titulaire)
  • si le Ministère de l’Education Nationale préfère employer des non-titulaires dans des CDD, les non-titulaires ne sont pas en cause dans ce qui leur est imposé
  • ce sont les conditions imposées aux non-titulaires qui leur sont préjudicielles, comme pour l’enseignement de la discipline

Nous demandons donc à l’APPEP, comme aux autres associations de professeur(e)s, de considérer :

  • les non-titulaires comme des collègues à part entière (ce qui renvoie à nos premières propositions)
  • de soutenir la validation de leurs parcours : universitaire, professionnel
  • d’associer systématiquement un(e) non-titulaire à leur rencontre avec le Ministère

 

« Alerte condition enseignante », un collectif pour ne plus laisser faire la déstabilisation, d’un métier, d’un statut, des individus

Nous tenons à saluer l’initiative, pour l’essentiel, portée, incarnée, soutenue, par des enseignant(e)s titulaires de l’Education Nationale, avec ce collectif, « Alerte condition enseignante« , que notre propre collectif soutient activement. Ces collègues disent clairement : stop ! Ils ne veulent plus reculer, accepter la destruction, de ce métier, de ce statut, attaqué de bien des bords, par des encadrants de mauvaise foi, ou pire encore, par des parents d’élèves, inconscients, ou pire encore, par des jeunes, certes minoritaires, mais en force et en nombre suffisants pour pourrir la vie d’enseignants ou d’équipes pédagogiques. Ce manque, profond, de respect, pour un métier aussi central, dans la construction des individus, dans la construction de leur conscience et de leurs compétences, lesquelles ont été transformées par l’Education Nationale en à peine un siècle d’existence, est totalement irrationnel et injuste. C’est pourtant la triste banalité, le quotidien, de milliers d’enseignant(e)s. Et comme si la situation n’était pas déjà assez mauvaise, on peut constater que les problèmes de notre métier et des collègues sont instrumentalisés, récupérés, par l’extrême-droite, dans laquelle certains opèrent, pour faire croire qu’ils se préoccupent de notre métier, de nous, alors qu’il s’agit seulement pour eux d’assouvir des sentiments racistes contre des jeunes identifiés par la couleur de peau, leur appartenance à des quartiers, à des départements. Là aussi, il est temps de ne plus laisser dire et faire, et c’est pourquoi ce collectif est si important.